Préparer l'arrivée de bébé en équipe : 6 conversations essentielles à avoir

Lorsqu’un bébé s’apprête à rejoindre une famille, tout le monde s’affaire autour de la future chambre, de la poussette, de la valise maternité et de mille petits détails matériels qui semblent prendre toute la place. On se demande quel biberon choisir, quel pyjama mettre pour la naissance, comment aménager la table à langer… Pourtant, derrière cette agitation, il existe un espace bien plus important, plus intime, plus déterminant : celui du couple.
Accueillir un bébé à deux, c’est entrer dans une transition puissante, qui restructure le quotidien, les émotions, les nuits et la manière même de se percevoir. Certaines personnes disent d’ailleurs que la naissance d’un enfant marque simultanément la naissance d’un père, d’une mère, mais aussi d’un nouveau couple. Et cette transformation n’est ni naturelle, ni spontanée, ni instinctive. Elle se construit. Elle se parle. Elle se prépare.
Dans mon accompagnement Ton Plan Post-Partum, je vois à quel point les couples arrivent avec des questions, des doutes, mais surtout avec une grande envie d’être une équipe solide. Et à chaque fois, tout commence par quelques conversations très simples en apparence, mais extraordinairement puissantes lorsqu’elles sont posées avec sincérité et douceur.
Je te propose ici de plonger dans ces six grandes conversations à avoir avant l’arrivée de bébé. Pas pour être parfaits, pas pour anticiper tout – personne n’y arrive. Mais pour créer un espace d’écoute, d’alignement et de soutien mutuel. Pour vous offrir un départ plus apaisé, plus conscient, plus soudé.
La vision du post-partum : un espace intime à définir ensemble
Beaucoup de futurs parents imaginent vaguement les premiers jours avec bébé : un mélange de douceur, de fatigue, d’excitation. Mais lorsqu’on creuse un peu, on réalise que chacun possède sa propre représentation, influencée par son histoire familiale, ses peurs, ses envies, ses croyances ou même certaines images véhiculées par les réseaux sociaux. C’est souvent là que naissent des incompréhensions, parfois de petites tensions, parfois des déceptions silencieuses que personne n’avait anticipées.
Parler de la vision du post-partum, c’est en réalité s’offrir un espace pour mieux comprendre ce que l’autre espère, redoute ou souhaite éviter. Certains imaginent un cocon très fermé, du calme, peu de visites, beaucoup de temps à trois. D’autres pensent au contraire que la présence des proches sera rassurante, voire indispensable. Parfois encore, l’un a envie de ralentir, de se blottir, de vivre un moment suspendu, tandis que l’autre projette déjà de reprendre une routine ou de recevoir du monde.
Il n’y a pas de bonne réponse. Ce qui compte, c’est d’oser dire ce que l’on ressent intuitivement : ai-je besoin de solitude, de silence, de douceur ? Ou au contraire, ai-je besoin d’être entouré, soutenu par la famille ? Comment imaginer les toutes premières heures ? Le retour à la maison ? Les premières semaines ?
Ces conversations-là permettent de poser des fondations. Elles permettent aussi de réaliser que le post-partum n’est pas qu’une question d’organisation, mais une période hautement émotionnelle que chacun vit différemment. Lorsque je travaille ce point avec les couples pendant Ton Plan Post-Partum, il n’est pas rare que les futurs parents prennent conscience de leurs différences… mais aussi de la tendresse qu’ils peuvent y mettre pour trouver un point d’équilibre. Et cela change tout.
La répartition du quotidien : créer un fonctionnement qui respecte chacun
Quand un bébé arrive, un nouveau rythme s’installe, souvent improvisé, souvent chaotique, parfois harmonieux, parfois déroutant. Entre les courtes nuits, les repas, les pleurs, les rendez-vous médicaux, la récupération du corps, l’ajustement émotionnel… les journées semblent se remplir toutes seules. Et au milieu de tout cela, les tâches du quotidien continuent d’exister : le linge, la cuisine, les courses, le ménage, l’administratif, le rangement, les obligations extérieures.
Il est tentant de dire que « ça se fera tout seul ». Pourtant, dans les faits, c’est très rarement le cas. Les habitudes de chacun reviennent, les automatismes prennent le dessus, et la charge mentale s’installe sur l’un des deux sans même que cela ne soit discuté. Souvent sur la mère, parce qu’elle est en congé, parce qu’elle allaite, parce qu’elle récupère, parce qu’elle « sait mieux », parce qu’elle a déjà lancé la dynamique.
C’est pourquoi il est essentiel d’en parler avant. Pas pour construire un tableau parfait, ni pour contrôler chaque moment, mais pour poser une intention : comment aimeriez-vous fonctionner ? Quels sont les besoins de chacun ? Quelles sont les tâches que l’un préfère faire, celles que l’autre veut reprendre volontiers ? Qu’est-ce qui pourrait vous alléger individuellement et collectivement ?
Il s’agit moins d’une répartition que d’une compréhension. D’un accord tacite, mais clair : nous avançons à deux, en tenant compte des forces, des limites et de la fatigue de chacun.
Lors de mes accompagnements, je vois souvent le soulagement dans le regard des couples lorsqu’ils réalisent qu’il est possible d’être intentionnels, même dans une période instable comme le post-partum. Cela redonne du pouvoir, de la liberté, et surtout de la bienveillance mutuelle.
L’alimentation de bébé : soutien, compréhension et respect mutuel
Le sujet de l’alimentation de bébé – allaitement, biberon, mixte – est l’un des plus sensibles. Il touche au corps, à l’intimité, au vécu, parfois à l’histoire personnelle ou familiale. Il peut créer des attentes très fortes, des pressions invisibles ou au contraire, un besoin immense de soutien.
Souvent, l’un des deux parents croit savoir ce que l’autre souhaite. « Tu veux allaiter, non ? » « Je te soutiendrai quoi qu’il arrive. » « On fera au jour le jour. » Et puis, au moment venu, les choses ne se passent pas comme prévu : douleurs, difficulté à mettre en place l’allaitement, fatigue écrasante, bébé qui pleure, doutes, émotions intenses. Parfois au contraire, tout se passe bien mais l’un des deux se sent mis de côté ou ne sait pas comment aider concrètement.
Discuter de cette question avant la naissance, c’est anticiper sans figer. C’est ouvrir l’espace pour dire ce que chacun ressent face à l’allaitement ou au biberon, ce qu’il imagine, ce qu’il redoute. C’est se demander comment le second parent peut soutenir sans être intrusif, comment il peut exister pleinement dans ce binôme, comment il peut se sentir utile, présent, aligné.
Mais c’est aussi parler des nuits, du sommeil, de la manière dont les réveils seront gérés. Chaque couple possède sa propre dynamique : certains alternent, d’autres se répartissent, d’autres encore fonctionnent différemment selon la fatigue ou l’allaitement. Rien n’est figé, mais poser des mots facilite énormément le quotidien.
La place des proches
Ce sujet est souvent délicat, mais absolument fondamental. Parce que lorsque bébé naît, tout le monde veut participer, aider, rencontrer, s’émerveiller. Les grands-parents, les frères et sœurs, les amis proches… chacun porte un enthousiasme sincère, mais qui peut parfois devenir source de pression ou d’épuisement.
Entre ce que la mère souhaite, ce que le père imagine, ce que les familles attendent, ce que la fatigue impose, ce que les émotions dictent… les premières visites peuvent devenir un vrai casse-tête.
La clé, c’est d’en parler avant. De manière honnête, réaliste. Certains couples ont besoin de solitude, d’intimité, d’un espace très fermé pour leur post-partum. D’autres trouvent un soutien immense à être entourés par leurs proches. D’autres encore veulent accueillir quelques personnes seulement, pour de courtes durées, ou avec certaines règles (pas de port de bébé, pas de photos, pas de commentaires, etc.).
Ce qui compte réellement, c’est de décider ensemble comment préserver ce moment unique sans blesser inutilement ceux qui vous aiment.
Les choix matériels et financiers : alléger plutôt que compliquer
On parle souvent de la liste de naissance comme d’une étape incontournable, mais il est rare de dire à quel point elle peut être source de stress. L’industrie de la puériculture crée un sentiment d’urgence permanent : « il faut tout », « il faut le meilleur », « il faut être prêt ». Et pour un premier bébé, c’est encore plus vrai : comment distinguer l’essentiel du superflu ? Comment éviter le piège de la surconsommation ? Comment trouver une cohérence entre ce que chacun souhaite ?
Discuter de cette question avant la naissance permet non seulement d’éviter les dépenses inutiles, mais aussi d’éviter les incompréhensions du type : l’un achète, l’autre découvre ; l’un veut du minimalisme, l’autre a peur de manquer ; l’un rêve de simplicité, l’autre veut être sûr de tout avoir.
Plus que le matériel en lui-même, ces conversations révèlent votre rapport commun à la sécurité, au confort, aux besoins de bébé… et à vos propres besoins. Elles permettent de créer une ligne directrice : que souhaite-t-on offrir à notre enfant, matériellement mais aussi symboliquement ?
Dans mon approche minimaliste en baby planning, je vois très souvent le soulagement que procure le fait de réduire, de simplifier, de prioriser. Cela diminue la charge mentale, le budget, mais cela renforce surtout la confiance parentale. Parce que moins d’objets signifie souvent plus de clarté.
Les besoins émotionnels : prendre soin de soi, prendre soin de l’autre
C’est probablement la conversation la plus subtile et la plus essentielle. Une conversation que peu de couples osent entamer spontanément, par pudeur, par habitude ou parce qu’ils ne savent pas comment mettre des mots dessus.
Pourtant, les besoins émotionnels explosent après la naissance : besoin d’écoute, de douceur, de reconnaissance, de soutien moral, de patience, de validation, de calme. Les émotions vont et viennent : joie, vulnérabilité, fatigue, irritabilité, hypersensibilité, gratitude, inquiétude. C’est un véritable tourbillon.
Parler de ses besoins émotionnels avant la naissance, c’est se dire : « voilà ce dont j’aurai besoin pour me sentir en sécurité », « voilà ce qui me rassure », « voilà ce qui me fait du bien », « voilà ce qui risque d’être difficile pour moi ».
Cela peut prendre la forme de mots simples, presque anodins : avoir un moment seul de temps en temps, sentir que l’autre s’occupe du quotidien sans qu’on ait besoin de demander, recevoir un câlin spontané, se faire dire que l’on fait du bon travail, partager les doutes sans jugement.
Une préparation à deux pour un post-partum plus serein
Préparer l’arrivée de bébé en équipe, ce n’est pas établir un plan rigide. Ce n’est pas essayer de tout anticiper. C’est créer un socle solide à partir duquel on pourra s’adapter, ajuster, improviser, évoluer. C’est apprendre à communiquer autrement, à s’écouter, à reconnaître les besoins de chacun. C’est mettre en lumière ce qui vous unit et ce qui vous rend forts.
Ces conversations sont simples, mais elles transforment profondément le quotidien. Elles évitent des tensions invisibles, des malentendus, des frustrations que l’on pourrait croire « normales », mais qui ne le sont pas. Elles permettent de commencer l’aventure à deux… vraiment à deux.

